L'impact de la littératie sur la cognition



La littératie, cette habileté à comprendre et utiliser l’écrit, que nous étudions au sein du projet So-CoIL (The Socio-Cognitive Impact of Literacy), a un impact sur la cognition. La cognition désigne l’ensemble des processus mentaux qui permettent à l’être humain de percevoir, comprendre et interagir avec son environnement, et d’acquérir des connaissances. Elle met en jeu diverses compétences comme l’attention, le langage, la mémoire, le raisonnement ou encore le jugement. La littératie et la cognition sont naturellement en interaction. En effet, lorsque nous lisons un texte, nous mobilisons une multitude de fonctions : nous avons besoin de l’attention pour être concentré.e.s sur notre tâche, de la reconnaissance visuelle des mots, du langage pour comprendre, de la mémoire pour nous souvenir ainsi que du raisonnement pour intégrer le sens des textes et faire des inférences.


Parmi ses nombreux bénéfices, l’acquisition de la littératie contribuerait à une meilleure discrimination perceptive d’images en miroir (par exemple : différencier un “b” et un “d” ; Morais & Kolinsky, 2002). Au niveau des fonctions cognitives, la mémoire bénéficie elle aussi de l’utilisation de la littératie : les personnes lettrées auraient de meilleures capacités de mémoire de travail (par exemple, retenir le dernier mot d’une phrase) ainsi que de mémoire de l’ordre sériel, c’est-à-dire la capacité à se souvenir de l’ordre dans lequel sont apparues les informations (Smalle et al., 2019). De façon plus large, les lecteurs les plus aguerris auraient également un vocabulaire, une syntaxe, des connaissances sémantiques et une culture générale plus importante et auraient moins tendance à croire à de fausses informations. Ces résultats démontrent l’importance au quotidien de la maîtrise du langage écrit : il permet non seulement à l’individu d’acquérir des connaissances sur le monde, mais ses bénéfices s’étendent également aux autres sphères cognitives. La scolarité joue en ce sens un rôle essentiel dans la cognition : c’est, en effet, la plupart du temps à l’école que s'acquièrent la lecture et l’écriture. De ce fait, les effets de la littératie et de la scolarité sont fréquemment confondus, or leurs apports sont différents (Scribner & Cole, 2010). La scolarité permet en effet l’acquisition de savoirs et de compétences qui ne se limitent pas qu’à l’apprentissage pur de la lecture. Une manière de les distinguer consiste à étudier des adultes illettrés dont certains ont appris à lire tardivement tandis que les autres sont restés illettrés. De cette façon, il est possible d’examiner l’effet pur de la littératie (Dehaene et al., 2015).


Par Julie Gobbers, étudiante en Master de Neuropsychologie et Développement Cognitif à l'ULB et stagiaire dans le cadre du projet So-CoIL

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